La dévorante

J’accuse,

Toi, femme à la peau mate,
Enfant accouchée de l’Inde,
Sauvée d’une exécrable misère.

Toi qui ne comprend pas
Que ce don de chair est l’acte d’amour parfait
D’une mère esseulée et sans espoir.

Toi, petite fille écorchée,
Dont l’incommensurable blessure,
Balafre au travers de ton âme.

Toi, épouse aveuglée,
Par les vides dans ton histoire,
Où s’engouffrent les joies vraies.

Toi, éperdue de baumes,
Qui te pare de fourrures éphémères,
Petits bonheurs en toc, leurres légers.

Toi, en manque de racines,
Exigeante incessante de sacrifices,
Un échafaud pour ton homme envoûté.

Toi, au corps si beau
Que tu consumes sans mots
Du feu de ton chagrin muet.

Toi, reine des fleurs de son jardin,
Qui plante des chardons dans son cœur,
Oublieuse des simples et de leur vertu.

Toi, jetée trop tôt dans le monde,
Aux amarres fragiles et rongées par le sel,
Egarée en cette amertume tristesse.

Toi, et ta plainte indécente,
Un rire sournois dans la nuit,
Un crachat dans le visage des pauvres.

Toi, princesse aux yeux divins,
Dont le regard lourd de reproches,
Meurtrit le plus noble des rois.

Toi, innocente aux mains pleines,
Qui emmure en ton modeste palais
L’amoureuse tendresse de l’amant.

Toi, et ta course aux chimères,
Vipère vicieuse en tes méandres,
Qui déverse son poison à foison.

Toi, femelle repue et rebelle,
Qui commet le plus ignoble assassinat,
Celui de la sagesse alchimique.

Toi, ornée de trésors et d’or,
Les doigts écartés de ta main
Laissent se perdre l’essentiel.

 

 

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