Le syndrome d'aliénation parentale

Un risque quand un parent règle ses comptes sur le dos de son enfant

Au cours des dernières décennies, le nombre de séparations parentales est en augmentation. Parallèlement à cela, les femmes n’ont plus voulu être cantonnées à leur rôle maternel et ont revendiqué de se réaliser aussi dans une vie professionnelle. Dans le même temps, les pères ont pris de plus en plus leur place auprès des enfants. Progressivement, la garde partagée s’est ainsi étendue mais ceci suppose que les deux parents dépassent leurs différends pour coopérer a minima quant à l’éducation des enfants. Or, lorsque ce n’est pas le cas, ils s’avèrent incapables de faire primer le bien-être de l’enfant. Ce dernier peut ainsi devenir l’otage de leurs conflits. Plusieurs situations peuvent mettre l'enfant dans un conflit de loyauté :
-        une  relation conflictuelle entre les parents, l’enfant se sent obligé de choisir son camp pour ne pas trahir son parent
-        un  placement familial, l’enfant peine à investir sa famille d’accueil de crainte d’être déloyal vis-à-vis de sa famille d’origine
-         une coalition entre un parent et l’enfant, l’enfant se sent coupable envers l’autre parent.

Le concept

Pour parler d'aliénation parentale, il faut une combinaison de trois facteurs : 

-         l' enfant : Celui-ci, pour sortir du conflit de loyauté qui le déchire entre ses deux parents, opère un clivage et considère qu'il y a un bon parent et un mauvais parent. Il s’allie alors avec celui qu’il pense être le plus en souffrance (qui se victimise et fait ainsi passer l'autre pour bourreau) et l'assure de sa fidélité. Ainsi, ses sentiments envers l’autre parent deviennent extrêmement négatifs et disproportionnés en regard de l’expérience vécue auprès de lui.

-        le parent aliénant : Une façon de se débarrasser de la culpabilité, inhérente à l’échec que représente la séparation et au fait de l’imposer aux enfants, est de mettre tous les torts sur l’ex-conjoint qui devient ainsi seul responsable de tout ce qui ne va pas. Tout et rien peut servir à confirmer la croyance que l’autre est nuisible.

-        le  système judiciaire : Le parent aliénant montre patte blanche au juge, s'attelle à noircir l'autre parent et instigue pour que les enfants avalisent sa version des faits.

La prudence s'impose. Il n'est pas bon d'utiliser ces mots en large et en travers. D'une part, les situations où le ressentiment est justifié du fait des actes du parent (délaissement, maltraitance, etc.) ne relèvent pas de l’aliénation parentale, au contraire des cas où il y a un rejet déraisonnable d’un parent manifestement compétent. D'autre part, statistiquement, le nombre de cas où ce mécanisme d’aliénation pathologique est mis en œuvre et conduit à éloigner l’enfant d’un de ses parents est faible.

Il faut noter que peu de démonstration d’affection, pas beaucoup de communication, une faible considération des besoins de l’enfant, etc. peuvent constituer un terrain fertile pour cette manipulation. Tout se passe alors comme si peu de choses retenaient l’enfant de diaboliser son parent.

De plus, ce concept n’est pas toujours évoqué avec parcimonie par les avocats qui s’en servent parfois pour contrer les accusations de l’autre parent, faisant planer le doute au sujet de sa personne. Les recherches menées sur l’impact de la séparation parentale sur les enfants montrent que l’équilibre de l’enfant dépend : de l’aplanissement du conflit parental, des compétences éducatives de chacun des parents et de la qualité de la relation nouée avec chacun d’eux.

Toutefois, ce concept est intéressant en ce sens qu’il guide les professionnels pour construire une intervention pertinente dans les situations critiques. Celles-ci se repèrent à partir
- des manœuvres du parent aliénant
- des symptômes de l'enfant (ils sont présentés dans le livre "Les violences sournoises dans la famille")
- du niveau de gravité
.

Manœuvres du parent aliénant

Le parent a des comportements dont le résultat est de décrédibiliser l’autre parent et d’éloigner l’enfant de lui en le conduisant explicitement ou subtilement à prendre position contre lui.

o       le dénigrer

o       lui coller une étiquette péjorative (« le malade », « Pinochet », « ta folle de mère »…)

o       rehausser ses défauts et souligner ses failles (« c’est pas ton père qui pourrait t’aider pour l’école »)

...

Les comportements de manipulation sont listés dans le livre "Les violences sournoises dans la famille".

Symptômes évocateurs chez l’enfant

-         L’enfant dit très régulièrement du mal de l’autre parent, affirme le détester et ne plus jamais vouloir le voir ;

-         Les motifs de l’enfant sont peu convaincants ou prêtent à sourire, comme par exemple « il ne me laisse pas regarder la télévision quand je veux », « je suis obligé de mettre la table », etc.

...

Les différents symptômes sont présentés dans le livre "Les violences sournoises dans la famille".

Trois niveaux de gravité

-         Niveau léger : L’enfant présente seulement quelques symptômes. Les temps chez l’autre parent se passent assez bien et les transitions ne posent pas de soucis importants.

-         Niveau modéré : Les symptômes sont nombreux. Les transferts posent des difficultés mais après quelques temps le calme revient.

-         Niveau sévère : Tous les symptômes sont retrouvés et très intenses. Le comportement de l’enfant est tel que les visites sont extrêmement pénibles ou même impossibles.

Conséquences à terme

Il s’agit d’une sorte de lavage de cerveau dont le résultat est de couper l'enfant d’une de ses racines avec des conséquences sur sa construction identitaire mais aussi de semer la confusion en lui avec des atteintes de la confiance en soi. Se collant aux attentes du parent aliénant, l'enfant se développe en faux-self (notion expliquée dans le livre "Les violences sournoises dans la famille"). De plus, la coalition formée avec le parent aliénant met l’enfant à une place et dans un rôle qui, sur le moment, le flattent mais qui, à terme, le fragilisent. Le clivage institué entre la partie "façade" de lui-même et l'autre partie, en souffrance mais refoulée, est à l'origine de troubles psychologiques ultérieurs. Manipulée par les affects, la personne présente des difficultés relationnelles importantes. Elle a un rapport ambigu à l'intimité, oscille entre des comportements visant à obtenir la proximité et, ce, presque jusqu'à étouffer le partenaire, et une distanciation extrême, voire le rejet. Le syndrome d'aliénation parentale constitue un abus émotionnel grave, susceptible, au minimum de réduire la qualité de vie de la personne et, dans d'autres cas, de déboucher sur une maladie psychiatrique.

Préconisations

-         A la suite d'une séparation, les affects de colère, d'angoisse, de tristesse, de peurs, ... peuvent être massifs et envahissants, rendant toute rationalité et tout échange constructif avec l'autre parent impossible. Il arrive fréquemment que cette épreuve de la vie réveille d'anciennes blessures et que des émotions d'un autre temps viennent surcharger la situation actuelle. Un travail sur les traumatismes avec un(e) psychologue est alors indispensable pour être capable d'accepter sa part de responsabilité dans l'échec conjugal et ne pas considérer éternellement l'autre comme seul fautif et tout mauvais. La médiation familiale peut être une piste intéressante, excepté dans les cas de violences conjugales – celles-ci ne se limitant pas aux violences physiques et pouvant être très sournoises mais non moins destructrices, pour permettre aux parents de trouver un accord à la suite de la séparation et d'assumer leurs responsabilités dans le souci du bien-être de l'enfant.

-         Une campagne de communication doit viser à renforcer chez les enfants la conscience qu’ils ont droit à leurs deux parents, ce qui peut les aider à utiliser leur esprit critique et leur libre arbitre face aux allégations d'un parent qui tenterait d'être aliénant.

-         Lorsque le parent incriminé s'avère compétent, il est nécessaire de ne pas demander son avis à l'enfant et d'imposer l’application du droit de visite le plus tôt possible, avant que le processus de désaffection ne soit allé trop loin. Cette mesure souvent soulage l'enfant car elle le libère du conflit de loyauté dans lequel il était pris.

-         Dans les cas extrêmement graves, il faut attribuer la résidence à l’autre parent. Il paraît vain de tenter de convaincre le parent aliénant de se comporter différemment tant il est accroché à ses convictions comme à une planche de salut.

-         Lorsque les contacts sont rompus, au parent aliéné, on conseillera de

o       garder confiance dans les sentiments réels de l’enfant, occultés pour l’instant

o       refuser de se justifier

o       ne pas dire à l'enfant qu’il est manipulé

o       recentrer la relation sur le positif

o       ne pas se résigner

o       ne jamais dénigrer l’autre parent

 

Isabelle LEVERT
Psychologue clinicienne
Psychothérapeute
Pernes les Fontaines (84)

Bibliographie

DELFIEU, J.-M., Syndrome d'aliénation parentale. Diagnostic et prise en charge. Experts, n°67, 2005. Juin. pp. 24-30.

LEVERT, I., Les violences sournoises dans la famille. Paris, Robert Laffont, coll. Réponses, 2016.

 

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