Les autobiographies sont des témoignages qui peuvent, par l'exemple et la force de vie, la joie qui s'en dégage, aider d'autres personnes à passer le cap du changement et à réaliser leurs projets de vie.
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u Bifurcation biographique
Auto biographie
Je suis en reconversion professionnelle volontaire en psychologie (certains n’y verront pas que du hasard) ! Et j’irai dans leur sens en qualifiant ma bifurcation professionnelle de bifurcation biographique, même si cette expérience a priori purement subjective n’est plus tenue en lisière de la société.
A 37 ans (chacun son rythme), une question d’ordre philosophique s’est imposée : quel sens je voulais donner à ma vie ? Est-ce que je n’allais pas me réveiller un matin avec des regrets ?
Alors, j’ai fait taire mes autos handicaps et je me suis inscrite en psychologie à l’université. C’était la deuxième fois, et oui j’avais fait cette démarche 5 ans auparavant mais un charmant jeune homme (mon compagnon de l’époque) avait réussi à semer le doute dans mon esprit ! Il avait des arguments persuasifs !!! Et à sa décharge, il disait tout haut ce que je pensais tout bas. Du coup, j’ai monté une société avec lui. C’était plus conforme et plus sérieux. Ma mère était soulagée, il faut dire qu’à 18 ans, je lui avais déjà fait le coup de vouloir aller sur les bancs de l’université. Pas assez sérieux, pas assez cadré et surtout pas assez professionnalisant ma fille ! Ha bon, du coup j’ai fait un BTS de secrétariat de direction (c’est sérieux, cadré et professionnalisant).
Alors à force de vouloir être dans la norme, je me suis un peu perdue, pas totalement, j’ai eu des élans de rébellion, je suis devenue commerciale ! Mais lorsque un licenciement économique m’a mise en équilibre précaire (ou est- ce moi qui m’y suis mise ?), j’ai investi des désirs passés, des rêves d’enfant tombés en sommeil, et quand la conseillère ANPE m’a dit « vous savez votre projet n’est pas réaliste, il n’y a pas de travail en psycho j’ai souri et je suis aujourd’hui, en Master 2 psychologie de l’accompagnement professionnel !!!Situation
A l’issu de mon BTS, j’ai trouvé un emploi comme secrétaire d’agence de travail temporaire. Au bout de quelques temps, je maîtrisais le travail malgré quelques résistances, voire quelques actes manqués comme perdre un chèque et divers papiers ! Mais je ne me sentais pas à ma place, je m’ennuyais. Il faut dire que je n’avais pas vraiment choisi cette voie. Mon directeur me convoqua et d’un commun accord, on conclut que mes dispositions pour l’organisation administrative étaient faibles. Par contre, il me reconnaissait des qualités d’écoute auprès des intérimaires et un bon contact relationnel et ne voulait pas me licencier. Je lui proposais de me former au poste de technico commerciale, ce qu’il fit. J’ai apprécié ce travail où je répartissais mon temps entre le recrutement du personnel intérimaire et la recherche de sociétés susceptibles de les employer.
Le problème mis en exergue dans cette situation est le danger de vouloir coller aux attentes parentales, cette formation de BTS n’était pas un choix mûri et le seul moyen de me sortir de cette situation à ce moment là était de bénéficier d’une formation de commerciale. Je n’ai jamais retravaillé en qualité de secrétaire. J’ai travaillé pendant 12 ans comme commerciale, puis responsable commerciale pour fermer la boucle en 2002 en m’inscrivant à l’université des Sciences Humaines.Bilan
La question que je me suis souvent posée est « pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt » ? Aujourd’hui, je pense que chaque chose arrive en son temps et que ces étapes m’ont permis d’avoir du recul sur la bifurcation que je voulais prendre.
Ma trajectoire professionnelle est une richesse pour ma future pratique. J’ai appris de mes expériences passées des connaissances des savoir-faire, mais aussi les erreurs à éviter, et tout cela va servir de fondation à mon futur métier de psychologue.
Comme je l’ai expliqué dans l’auto biographie, cette option pour le métier de secrétaire n’était pas un choix personnel et réfléchi mais plutôt une adhésion aux valeurs parentales. Je crois qu’à cette époque, je ne savais pas vraiment quelle était ma voie. J’avais des affinités pour des métiers comme éducatrice spécialisée, assistante sociale, mais je manquais de détermination. J’aurai bien aimé une année de moratoire à l’université pour affiner mes choix. Mais j’ai manqué de combativité pour imposer cette idée.
Le métier de secrétaire m’a confronté très vite à un réel insupportable. Après avoir fait le tour de toutes mes missions, j’eus la certitude que mes intérêts et mes dispositions étaient ailleurs. J’ai l’optimisme de penser que cette expérience n’a pas été inutile, (je tape très vite à la machine !!). Plus sérieusement, j’ai acquis des savoirs et des compétences comme l’organisation, le relationnel et la gestion. Mais elle m’a surtout appris sur moi, sur mes limites, sur mes possibilités et sur mes potentialités. J’ai pris la décision de renoncer à ce métier, de rompre avec les désirs parentaux et de me former au métier de technico-commerciale.
Ce fut une bonne école où j’ai développé des capacités d’adaptation et de détermination. Le commercial, c’est un jeu de scène où, tous les jours, on s’adapte et on adapte son discours face à une nouvelle personne. Il faut aimer jouer, bouger, inventer. C’est un métier de remise en question où rien n’est jamais acquis. Les compétences qui en découlent sont en dehors des connaissances sur les techniques de vente et de communication : la persévérance, la détermination, la tolérance à la frustration, la persuasion et l’optimisme. J’ai évolué dans ce métier comme chef de vente et responsable commerciale. Ces postes m’ont permis d’acquérir des compétences d’écoute, de management, d’animation de groupe, d’adaptation et de pédagogie. Mais le commercial, c’est aussi un jeu de manipulation et, avec le temps et la maturité, j’avais de plus en plus de difficultés à rationaliser ma démarche.
C’est à ce moment-là que je me suis mise en équilibre précaire propice au changement. Je me suis retrouvée au chômage et je me suis inscrite en psychologie. Face à ces doutes, à ce manque de sens, j’ai réfléchi sur le sens de mon parcours de vie. Cette réflexion s’est faite au fil de mes études, c’était une transition nécessaire, un moment entre deux états, un moment de passage, une sorte de voyage. La transition, c’est subjectif contrairement au changement qui est visible, objectif. Dans cette transition, je me suis interrogée sur mes engagements, je les ai hiérarchisés, articulés, (comment je peux vivre telle situation d’étudiante à 35 ans et le fait d’être une mère responsable de son enfant ?). Les transitions laissent apparaître ces moments de contradiction.
Dans cette transition, il s’est joué un double processus, un désengagement et un engagement. Il fallait que je prenne mon élan. Je pense qu’avant de changer de métier, il fallait que je me désengage, que je quitte une position qui est faite de lien d’appartenance à des groupes, y compris sur le plan affectif. C’est auprès d’amis que j’ai trouvé de l’aide pour faire baisser les résistances et changer, ce qui m’a permis de m’engager dans un nouveau groupe porteur de normes et de valeurs différentes de celles que j’avais connues.
La formation dans un premier temps a visé à mieux me connaître, ce n’était pas orienté par des attentes de promotion mais par un besoin de souffler, de revenir sur mon passé ; Je l’ai vécu comme un entre-deux, un espace protégé, un lieu où on est en groupe, où on peut se comparer à des modèles de rôle, ceux qui sont en formation et ceux vers lesquels on veut s’insérer. Cela m’a permis de dépasser la désorientation liée à un changement professionnel mais aussi à un bouleversement plus personnel. La mobilité sociale m’a permis de me resocialiser, de remettre en question mes normes et mes valeurs sans pour autant dénigrer le passé bien au contraire. J’ai construit petit à petit mon projet. Au début, je n’osais trop y croire. Alors d’année en année, sans trop me projeter (un peu quand même), affrontant les difficultés du moment pour concilier étude et société de consommation, je me suis ancrée dans cette formation avec l’intime certitude que cette fois c’était le bon choix. J’ai fini par me projeter dans le métier de psychologue. Aujourd’hui j’ai choisi, je peux employer ce mot car j’avais deux options possibles, d’aller vers ce Master.
Durant cette année, je souhaite réfléchir sur les modèles théoriques qui me serviront de référence dans l’approche avec cet « Autre de la rencontre », affiner ma posture. Je sens que je ne suis pas au clair avec tout. J’ai suivi un cursus de psychologie sociale sans jamais réussir à lâcher la clinique. Je m’interroge sur le rôle qu’ « accepte » de jouer plus ou moins consciemment le psychologue dans une société comme la nôtre ? Est-il possible de penser l’insertion professionnelle autrement que comme une adaptation ? L’insertion professionnelle peut-elle être un médiateur, un outil ? C’est peut être cela le « plus » du psychologue de l’accompagnement de la trajectoire professionnelle ? C’est beaucoup de questions, de renoncements, d’engagements, de paradoxalités mais peut-être vaut-il mieux être « une femme à paradoxe, qu’une femme à préjugé » ?
Je souhaite privilégier dans ma pratique une certaine réflexivité, chercher à comprendre comment j’agis et pourquoi j’ai agi de cette façon, afin de tirer les leçons de chaque intervention pour mieux savoir « ce que je peux faire », « ce que je sais faire » et « ce que je veux faire ». La question inverse peut être posée, à savoir « ce que je ne peux pas faire », « ce que je ne sais pas faire » et « ce que je ne veux pas faire ». Connaître les limites de mes compétences me paraît très important sur le plan éthique. Par conséquent, je veux utiliser cette dernière année pour me poser toutes les questions, pour échanger, pour me former sur un plan pratiquo-pratique ; pour y voir un peu plus clair dans cette nébuleuse de pratiques professionnelles, dans ce nouage singulier entre mes valeurs, les conceptions que je me donne de l’humain, et la déontologie.Dans ce bilan j’ai essayé de montrer l’intérêt de ma trajectoire professionnelle tant sur le plan des savoir-faire que sur celui du savoir-être pour mon futur métier. Je pense que pour qu’un changement puisse s’opérer, il faut articuler la continuité et la transformation, c’est ce que m’a permis d’élaborer cette transition de 5 ans.
Je suis convaincue qu’en psychologie, la maturité, l’histoire de vie peuvent être des atouts pour accompagner l’autre, à condition de faire le deuil de certaines manières de faire, de se décentrer afin de mettre à mal l’ethnocentrisme dans lequel nous baignons et de se laisser enseigner par lui. On s’aperçoit tout au long de la vie que les expériences passées viennent enrichir les nouvelles et qu’au final ce sont des ressources dans lesquelles on peut puiser pour faire face à de nouvelles situations, même si je continue à m’interroger. Mais peut être ne faut-il pas chercher de réponses définitives à ces interrogations, heureusement qu’elles nous habitent et nous empêchent ainsi de nous scléroser.
La reconversion professionnelle n’est pas qu’un changement d’orientation professionnelle, elle rencontre l’expérience de la « subjectivation ». C’est un processus long au cours duquel je suis devenue actrice de ma biographie.Muriel
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