L'intimité du couple

Une histoire de confiance

Nous aspirons à une vie à deux pour échanger, pour aider l’autre et être aidé(e) dans la réalisation de soi. La séduction mutuelle suppose d’être capable d’exister indépendamment de l’autre et implique de pouvoir constamment se renouveler. Cette capacité demande d’avoir pris conscience du sens de la vie et de la nécessité d’être acteur de sa vie mais aussi des limites de l'être seul.

“Je t’aime” donne naissance à une trilogie : je, aimer, toi.

Se connaître et apprécier ses propres qualités et tolérer ses imperfections pour être en mesure de s’aimer soi-même est la condition prérequise pour aimer véritablement l’autre. Arnaud Desjardins, dans son livre « Pour une vie réussie », dit qu’il ne faut plus avoir besoin d’être aimé(e) pour pouvoir aimer. La première expérience de l’amour est celle qu’on a avec soi-même. Elle est à la base de toute représentation de l’amour. Il y a réciprocité dans cette construction : son amour pour l’autre et le sien pour soi. S’aimer est indispensable pour concevoir l’amour de l’autre pour soi. Si je ne m’aime pas, comment puis-je imaginer que l’autre m’aime et comment puis-je savoir que j’aime correctement l’autre ? Comment ne pas être anéanti(e) d’un rien ? S’aimer soi-même est fondamental pour être libre d’aimer.

Il s’agit de mener une lutte permanente contre nos peurs archaïques, enfouies au plus profond de nous-mêmes et réveillées au moindre doute afin de se rapprocher sans cesse de l’idéal qu’est le respect absolu de la liberté de l’autre qui est l’apologie de l’amour suprême. Cette progression est laborieuse en raison des obstacles contenus dans l’histoire personnelle de chacun. Il nous faut nous dépasser, aller au-delà de nous-mêmes pour continuer à nous aimer. Le bien-être intérieur que l’équilibre confère, autorise la compréhension de l’autre qui s’exprime dans la tolérance et la compassion. Aimer l’autre, c’est s’ouvrir à ses différences en acceptant ses aptitudes et ses déficiences. Aimer, donc c’est participer à la construction de son individualité. C’est lui permettre d’exister, d’être un élément du monde et de devenir unique pour nous.

L’autre en prenant place en soi devient une partie de soi. Son intégration dans notre monde ne nous laisse pas indifférent(e)s à son passé, son présent et son avenir. Inévitablement l’autre nous influence. Tout le temps, entre l’autre et soi, il y a une communication. Les silences, les gestes, les sourires, les tensions corporelles, le rythme de la respiration, la paix ou le mal-être de l’autre,... parlent autant que les mots. Ces messages arrivent souvent directement à l’inconscient où résident toutes les expériences heureuses et malheureuses de l’individu. Les émotions latentes associées aux événements refoulés et “non digérés” sont réactivées, émergent et interfèrent. Nous n’avons pas conscience de cette communication non verbale, c’est pourquoi la protection de notre raison n’est pas opérante. Parce que l’information est déviée, notre rationalité n’a plus aucune prise. Le vécu de l’autre résonne en nous et nous émeut. Les émotions agréables sont faciles à gérer. Les autres perturbent notre équilibre. Cette situation nous pousse, soit à agir sur notre environnement, soit à nous modifier pour nous adapter. Une déstabilisation  trop importante déclenche agressivité, colère, haine ou d’autres défenses comme le repli, le refus, le refoulement,...  A la place d’une interprétation correcte et d’une réponse adaptée, notre affectivité entre en jeu et les mécanismes de projection déforment le contenu du message en fonction de nos propres conflits internes.

L’attribution à l’autre d’une réalité qui n’est pas la sienne envenime fréquemment les rapports en empiétant sur la liberté de chacun d’être et de fonctionner autrement. De plus, la perception erronée qu’a l’autre de soi entrave le recours à l’autre pour obtenir de l’aide. En projetant sur l’autre les sentiments négatifs que la souffrance provoque, les paroles sincères, les explications pour être compris(e), l’aide n’entrent plus en soi. Etre mal paraît alors la dernière issue pour attirer l’attention mais conforte dans l’illusion d’une vie insatisfaisante. L’un et l’autre sont alors piégés dans le paradoxe et empêchés d’être nourris de l’amour qui pourtant est souvent toujours là.

Toi, moi, nous sommes liés et nous influençons en permanence. Cette interdépendance est une cause de rapprochement ou au contraire d’éloignement des deux partenaires. Ce n’est pas la seule puisque chacun évolue de son côté. La subtilité de l’interactivité entre les parties du tout et le tout impose de constants ajustements. Les échanges au sein du couple ainsi que les efforts personnels de chacun améliorent la compréhension de soi et de l’autre. La communion, qu’est le nous, n’est possible que quand toi et moi, nous sommes en harmonie, individuellement et ensemble.

La démesure des attentes de notre partenaire à notre égard nous effraie. Nous avons la sensation d’être enchaîné(e)s à son bonheur, happé(e)s par son désir et d’avoir perdu toute liberté. L’existence symbiotique qu’il ou elle espère est terrifiante parce qu’elle signifie une totale dépendance où chaque absence est vécue comme un manque déchirant, où toute douleur ou joie nées sans l’autre est ressentie comme une exclusion. Il n’y a plus de place pour le partage car le couple vit alors dans un univers clos où le monde extérieur et ses apports est nié. Un couple ne signifie pas que les partenaires réalisent une symbiose. Ce type de relation est loin d’être idyllique puisque la trop grande dépendance à l’autre est une prison psychique. L’épanouissement se situe dans le juste milieu. chacun a à prendre en main son propre devenir pour ne pas en surcharger l'autre, ce qui n'exclut pas de se soutenir ponctuellement.

Il est indispensable d’affiner la faculté de détachement, qui par la prise d’un certain recul, permet d’observer les comportements. L’analyse du fonctionnement intrinsèque du moi, du toi et du couple est une technique pour échapper à un engrenage infernal. Dans la distanciation, les forces décelées sont mises en valeur pour vaincre les difficultés.

Lorsque nous concevons et acceptons entièrement que notre partenaire est un être libre qui a décidé de vivre une relation d’amour avec nous, une grande Histoire peut commencer. Une nouvelle entité se forme : le couple. Au plus, cette décision est libre au plus la confiance est une base solide pour créer, maintenir et réparer cette unité. La confiance en soi, en l’autre, en nous est le ciment indispensable à toute relation amoureuse. Le défaut d’une seule de ces trois composantes met le couple en péril. La dimension spatio-temporelle du couple, c’est-à-dire un espace pour trouver l’autre et la perspective de continuité de ce lien commun, est une source de sécurité. Chaque partenaire est alors invité à quitter l’isolement pour partager l’intimité des cœurs, des âmes et des corps. Le couple réel constitue la voie royale pour oublier la solitude, dont on ne sort jamais complètement et annihiler l’angoisse. L'union de deux êtres sur des bases saines confère à chacun une énergie accrue qui permet d'exister encore plus authentiquement. L’accession à cette plénitude mène à un état proche de l’extase dans lequel la vie trouve sa saveur.

Isabelle LEVERT
Psychologue clinicienne
Psychothérapeute
Pernes les Fontaines (84)

Autre article : Les foudres de la passion

Bibliographie

LEVERT, I., Les violences sournoises dans le couple. Paris, Robert Laffont, coll. Réponses, 2011.

 

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