L'épreuve du deuil

Au bout de la nuit, la lumière

Le deuil, état de non vie au sein de la vie. Il s'amorce lors de l'annonce de la mort de la personne que l'on aime, il envahit le psychisme au moment du décès et dans les mois qui suivent, il semble s'éterniser, enserrer le cœur, vider le corps. Il ne prend jamais tout à fait fin. Juste très lentement, imperceptiblement, il se retire pour laisser à nouveau place à la vie. C'est l'une des pires épreuves de l'existence. Plusieurs étapes jalonnent le long cheminement de la personne endeuillée. L'accompagnement par les proches est important mais pas toujours suffisant. Lorsque le processus se bloque, le deuil est pathologique et l'aide d'un(e) professionnel(le) est essentielle pour reprendre goût à la vie.

1. Les étapes du processus

Le deuil est un processus au cours duquel la personne effectue un travail sur elle-même afin de s'adapter à la perte de l'être aimé, afin que s'opère la cicatrisation de la blessure du cœur. Ce processus prend du temps, beaucoup de temps. Il comporte plusieurs phases. Dans la première, le déni est prédominant, dans la deuxième, la personne réalise vraiment ce qui lui arrive. La troisième débute lorsque l'endeuillé(e) commence à remonter la pente.

1.1. Le déni

photo : Irlande, Pierre Levert"Ce n'est pas vrai". La personne refuse la réalité du décès. Le déni sert à protéger le psychisme d'une surcharge émotionnelle. Reconnaître et accepter la fatalité de la mort d'un être aimé est un choc trop grand. L'annonce du décès équivaut à un coup de massue en plein milieu du crâne, parfois même lorsque l'issue fait suite à une maladie grave, dont le pronostic était connu. Commotionnée, la personne est en état de sidération. Les émotions peuvent être comme anesthésiées et la personne agit de manière mécanique. Certaines, pendant plusieurs jours, ne verseront pas une larme. En effet, face à la violence des émotions, il s'est produit au sein du psychisme comme une rupture du disjoncteur. Voir le corps sans vie peut permettre de lever le déni. De même, les obsèques, de par le rituel de l'enterrement ou de l'incinération et de par la présence de la famille et des amis, participent à ce que la personne se sente en deuil. Progressivement, le réel de la mort est intégré. Néanmoins, au sein de la personne, subsiste une part d'elle qui continue d'espérer un miracle, un impossible retour et qui, silencieusement, secrètement, cherche le disparu.

Cette première phase où prévaut le déni ne doit pas être confondue avec l'apparente désaffection permise par l'hyperactivité. De fait, certains ne se laissent pas une minute pour souffler, ils s'étourdissent dans le travail, ils fuient l'inactivité au cours de laquelle les émotions pourraient les rattraper. Ils pressentent qu'elles les submergeraient et refusent d'entrer dans le deuil véritable. C'est reculer pour mieux sauter, comme on dit. Celui-ci est en suspens, parasité dans son déroulement par cette sorte de frénésie. La douleur est enkystée quelque part dans le psychisme ou le corps. Elle refera surface lors d'un nouveau décès et le surchargera d'affects d'une autre époque ou, plus grave, sera somatisée. On parle alors de deuil différé ou de deuil inhibé.

1.2. La confrontation avec l'absence

La perte de l'aimé(e) est cruellement ressentie car tout manque : la complicité, l'intimité partagée, l'évocation ensemble des souvenirs, ses caresses, ses mots doux, ses mimiques, son regard, sa main posée sur soi, le rythme de sa respiration la nuit, la chaleur de son corps dans le lit devenu trop grand, sa présence rassurante et protectrice... L'absence est trop longue, infiniment longue. Les heures n'en finissent pas. Les jours s'écoulent les uns après les autres, semblables, sans lui ou sans elle. Plus le temps passe ainsi, plus l'absence se fait déchirure. La personne erre entre ses quatre murs, ne sachant que faire de son désespoir. Elle se surprend à appeler le (la) disparu(e), à supplier qu'on le lui (la) rende, à crier à l'aide tant les émotions la débordent. Elle sait que c'est absurde mais elle explose.

Certaines pensées sont harassantes, comme celles qui ont trait à ce qu'elle aurait dû dire, ne pas dire, à ces reproches adressés que, si elle avait su, elle aurait tu. Tout prend une autre importance. Elle voudrait pouvoir revenir en arrière, effacer certains épisodes et recommencer autrement mais c'est trop tard, tout est écrit, définitivement. Pourtant elle passe et repasse en revue les derniers instants, les dernières semaines, toute leur histoire commune et se culpabilise des actes ou des paroles qu'elle n'a pas posés et qui auraient pu changer le destin. Rien n'est moins sûr. Toutes les pensées convergent vers le (la) défunt(e) aussi par peur de l'oublier. Les vêtements de l'autre sont respirés pour retrouver son odeur. Son visage est appelé dans la mémoire pour vérifier que les expressions préférées sont toujours là... Ainsi, à pas de fourmi, imperceptiblement, la relation est reconstruite à l'intérieur de soi.

La douleur de la perte est immense depuis des mois. De semaine en semaine, elle semble même croître, laissant à la personne la sensation que cela ne peut pas être pire et pourtant l'étau se ressert, de jour en jour, encore et encore. On lui dit que cela va passer avec le temps mais c'est tout le contraire : cela empire ! Faire ce constat est affolant. Au chagrin se mêle la peur de devenir folle ou fou.

Aucun répit, sauf celui du sommeil grâce aux somnifères souvent, quelques heures, deux ou trois, rarement plus. L'inconscient n'assimile pas le changement avant un long moment et les rêves continuent à mettre en scène l'être disparu comme si rien ne s'était passé. Le réveil est régulièrement tragique. Il confronte l'endeuillé(e) avec l'épouvante du vide. Les lieux sont hantés, animés des souvenirs douloureux depuis qu'il ou qu'elle n'est plus là. Les bruits familiers, comme par exemple une voiture qui entre dans la cour, un appel téléphonique, un bruit dans le jardin, etc. raniment l'espoir fou d'un retour. En une fraction de seconde, la personne se dit que c'est son mari qui rentre, sa fille qui téléphone, son conjoint qui est occupé à jardiner, etc. "On ne sait jamais !" L'endeuillé(e) frôle la déraison mais, à chaque fois, la déconvenue et l'obligation de se confronter à la réalité.

La souffrance est telle que la tentation du suicide est grande. Songer à se tuer peut être le dernier rempart à la folie car se raccrocher à la perspective de mettre fin au calvaire procure en quelque sorte un soulagement. Se dire qu'on peut toujours en terminer permet de tenir une heure de plus, un jour de plus. Paradoxalement, le fantasme de mourir soi-même aide à survivre au plus dur de l'épreuve. Pendant cette période, la personne est sur le fil du rasoir car le danger d'un passage à l'acte n'est jamais à exclure. Il est même quelques fois bien réel et contrairement aux idées reçues, ce n'est pas parce que la personne en parle qu'elle ne le fera pas.

La personne endeuillée mène un véritable combat pour continuer à vivre alors qu'elle se sent morte à l'intérieur d'elle-même (l'extrait du livre "Passion" de Ch. Singer, qui dépeint le délabrement psychique suite à la perte), que l'existence a perdu tout son sens, absorbé lui-aussi dans la tombe, et que la douleur est à hurler. Elle est mal, tellement mal dans cette enveloppe charnelle qui la retient sur terre. Elle a la sensation d'être condamnée à vivre. Elle a déjà tant pleuré mais les larmes jaillissent sans cesse, partout, inconvenantes. Le chagrin n'a même pas la pudeur de ne pas se déverser en public. Honteuse de ne pas pouvoir se contenir, la personne se terre chez elle. Quand elle réussit à faire bonne figure, c'est au prix d'une dépense énergétique considérable qui l'épuise. Elle ne tient d'ailleurs pas très longtemps et dès qu'elle se retrouve seule, elle craque de plus belle, terrassée par les émotions qui n'en peuvent plus d'être retenues. Elle désespère de sortir de cet enfer. Elle a l'impression qu'elle va mourir de chagrin.

1.3. La lumière au bout du tunnel

L'endeuillé est tout entier coincé dans un présent trop douloureux pour être capable de se projeter dans un futur meilleur. La souffrance l'aveugle de sorte qu'il ne peut pas voir qu'au bout du tunnel le soleil brille. Il n'a plus les ressources pour trouver en lui la force de croire que sa douleur puisse s'estomper jusqu'à l'apaisement et, en conséquence, ne peut se raccrocher à l'espoir d'un après plus serein, encore moins plus heureux. Ce n'est qu'en allant jusqu'au terme du processus qu'il pourra faire l'expérience de ce possible. En attendant, il dérive jusqu'au moment où il ose prendre appui sur la confiance des autres. Même si les voix semblent se perdre sans atteindre la personne, il est nécessaire de répéter sans cesse ce message car un jour, sans qu'on comprenne bien comment, un changement imperceptible aura eu lieu et elle pourra l'entendre et le recevoir en elle. Elle prendra alors son fardeau de douleur dans ses bras, aussi lourd soit-il, et elle avancera vers la lumière. Petit à petit, les sourires se feront plus nombreux, le rire reviendra aussi et puis le plaisir de vivre. Des dates charnières, telles le jour anniversaire de la mort, et des circonstances de la vie, telles le mariage de ses enfants, réactiveront le deuil un peu comme une cicatrice tiraille par temps d'orage.

2. Les réactions des proches

Bien sûr, après les funérailles, malgré les belles promesses, certains membres de la famille ou copains ne se manifestent plus du tout mais d'autres, les plus fidèles sont là, attentionnés, présents. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour alléger la personne du poids de la douleur. Pourtant, les mois s'écoulent sans qu'elle ne cède un pouce de terrain. L'endeuillé(e) va même de plus en plus mal. Les proches ont la sensation que leurs efforts sont vains, ils s'essoufflent et se découragent. L'impuissance qu'ils ressentent leur est désagréable et quelques fois ils se montrent agressifs envers l'endeuillé(e). "Bouge-toi !", "Secoue-toi !", lui disent-ils. "Mets-y un peu de bonne volonté !" comme si c'était une question de volonté. Ces mots provoquent des réactions de repli chez l'endeuillé, meurtri un peu plus, incompris, culpabilisé de ne pas être plus fort. D'autres, très disponibles, s'épuisent face aux demandes insatiables de soutien, d'écoute et tentent discrètement de prendre de la distance. L'endeuillé ressent cela comme un détachement et se vit comme un boulet pour les autres. Il est fort probable aussi que l'intensité de la douleur de la perte affecte les proches dans leur illusion d'être à l'abri, ce qui peut être dérangeant, inconfortable, angoissant et susciter une prise de recul pour n'y plus penser. Tous, pour vivre, bien que nous sachions que nous sommes mortels, nous évitons de penser quotidiennement à la mort, à la nôtre et à celle de ceux que nous aimons. Le deuil d'une personne chère nous confronte à cette perspective de la mort de sorte que la soutenir pendant des mois peut s'avérer très difficile et entacher notre propre joie de vivre. Il est nécessaire d'en prendre conscience et de s'aménager des moments pour se ressourcer.

Les proches peuvent aider de différentes façons. Tout d'abord, en ne se décourageant pas et en maintenant une présence régulière auprès de la personne. Même si les propositions de sortie sont refusées pendant longtemps, il faut continuer à lui en proposer, dans un cadre privilégié, intime, loin des bains de foule car un jour ou l'autre, elle acceptera et sortira de son isolement. L'accompagner au cimetière est aussi une bonne chose parce que les rites remplissent une fonction symbolique, celle de relier le vivant avec celui qu'il a perdu, celle de faciliter l'intégration de l'absence dans la vie psychique. L'entourage peut suggérer d'autres rites, comme de se réunir pour se recueillir ensemble, de porter l'alliance du disparu sur soi, d'écouter la musique qu'il aimait, de lui rendre hommage... Par contre, en douceur, on déconseillera à la personne de conserver sous ses yeux l'urne funèbre, contenant l'aimé réduit en cendres. Cette image est morbide et il est préférable d'investir des souvenirs plus vivifiants du disparu.

Les proches, de peur de réveiller la souffrance, se retiennent de parler du défunt. C'est une erreur. D'une part, la personne en deuil peut craindre que le défunt soit trop vite oublié et il lui est précieux d'entendre que ce n'est pas le cas. D'autre part, pour traverser l'épreuve, elle a besoin d'user la douleur, de vider les souvenirs de leurs émotions et pour ce faire de se confier. Ceci est tout spécialement important pour les enfants car ils n'exprimeront leur douleur que s'ils sentent que l'autre ne s'effondrera pas. A contrario, ils peuvent inhiber leur deuil pour protéger leur parent. De plus, évoquer le défunt, que ce soit dans ses bons et ses mauvais côtés - comme n'importe qui, il n'était pas parfait - peut permettre qu'il ne soit pas trop idéalisé. Ce point n'est pas à négliger car l'idéalisation du disparu est une chose fréquente et entrave la résolution du deuil. Elle augmente la culpabilité car face à quelqu'un d'idéal on ne peut que se montrer défaillant et reprochable. Elle empêche d'autres attachements car les autres ne peuvent arriver à la cheville du mort.

Il arrive que la personne reste dans le deuil parce qu'elle se sent fautive de reprendre goût à la vie. Le rôle de l'entourage sera alors de la déculpabiliser et en quelque sorte de l'autoriser à poursuivre sa vie. De même que certaines idées préconçues doivent être démontées. L'intensité et la durée d'un deuil ne sont pas proportionnelles à l'amour que l'on porte au disparu. Ce sont d'autres facteurs qui entrent en jeu. Ce n'est pas être infidèle au mort que de surmonter l'épreuve car la relation ne s'arrête pas mais se poursuit à l'intérieur de la personne.

3. Les complications du deuil

Le deuil est sans doute l'épreuve la plus éprouvante qui soit. Le cheminement pour aboutir à sa fin est souvent chaotique. Plusieurs facteurs peuvent influencer son déroulement dans un sens favorable ou défavorable :
- la nature de la relation avec la personne décédée (parent/enfant, de couple, d'amitié, fusionnelle ou conflictuelle, ...),
- les circonstances de la mort (maladie, meurtre, suicide, dans la douleur ou non...)
- le degré de dépendance à son égard (dépendance affective, financière, ...),
- le temps de l'accompagnement pendant la maladie,
- le sexe de la personne (différences hommes/femmes dans l'expression de la douleur...),
- les fragilités structurelles de la personne,
- l'accumulation ou non de traumatismes antérieurs
- etc.
Le suicide, par exemple, doit être considéré comme un traumatisme majeur pour ceux qui restent. En effet, à la fois il constitue un abandon délibéré qui remet la personne en cause jusque dans ses fondements. Elle se juge indigne pour n'avoir pas retenu l'autre, pour n'avoir pas été suffisamment importante pour l'empêcher de se tuer. Et à la fois, il est un rejet, un rejet de ceux qui restent, à qui il apporte la honte. Le suicide est une forme de mort qu'il faut justifier. Par ailleurs, les survivants peuvent eux aussi être tentés de commettre cet acte irréparable, soit pour rejoindre celui qui est parti, soit pour expier des fautes qu'ils s'attribuent, soit pour éteindre la douleur. Après un suicide, la peur d'établir d'autres liens, de prendre ce risque, peut rendre ceux-ci impossibles.

La culpabilité excessive du survivant est une des complications du deuil. Face au non-sens de la perte de l'être aimé, la révolte et la colère peuvent prendre des dimensions démentielles, difficilement contrôlables sauf à les retourner contre soi. Le deuil perdure alors indéfiniment. Le deuil devient chronique également lorsque la personne ne se résigne pas à dire "adieu". Rester dans la douleur est une manière de rester proche du défunt et de le garder auprès de soi. La personne ne parvient pas à faire vivre le mort autrement que dans la douleur, encore moins à se réchauffer des souvenirs.

Lors du deuil d'un enfant, les parents sont assaillis de questions et ont tendance à prendre sur leurs épaules toute la responsabilité du drame. Une fausse-couche n'est pas un événement anodin car l'enfant à venir était déjà investi. L'avortement n'est pas non plus une chose aisée à "digérer" même s'il est le résultat d'un "choix". Ce mot est mis entre guillemets parce que il ne s'agit plutôt d'un pseudo-choix, c'est-à-dire que la mère et/ou le père sont dans une telle situation qu'ils ne peuvent envisager sereinement de mener la grossesse à terme. Subir un avortement demande aussi de faire le deuil de cet enfant, avec tout le poids de la culpabilité lié à la décision prise. Le deuil d'un enfant mort-né est également très difficile. Il est souvent positif que les parents puissent voir leur enfant afin qu'il prenne une autre dimension que celle de l'enfant imaginaire qu'ils ont attendu pendant neuf mois et que le père soit également reconnu comme endeuillé.  La mort-subite du nourrisson est une tragédie dont les causes sont encore aujourd'hui un mystère face auquel les parents ne peuvent se retenir de s'interroger, de penser que leur nouveau-né ne devait pas être bien chez eux pour s'arrêter ainsi de respirer, etc. Ces pensées sont indicibles et pourtant elles les hantent pendant des mois. Après la mort d'un enfant, il est indispensable de prendre le temps du deuil sans quoi l'enfant suivant pourrait bien n'être qu'un remplaçant et non pas aimé pour lui-même.   

4. Le recours au psychologue

Plusieurs situations demandent de recourir à un(e) professionnel(le) de la psychologie :

- le deuil dure depuis des mois sans que la douleur ne s'atténue ;
- l'entourage se sent dépassé, irrité que l'endeuillé(e) ne semble pas progresser face à sa souffrance ;
- la tentation du suicide est quotidienne et un plan est élaboré pour passer à l'acte ;
- la personne s'auto-détruit lentement (anorexie, boulimie, alcoolisme, drogue, ne se rend pas au travail, etc.) ;
- la personne, même après deux ou trois années, est incapable de nouer de nouveaux attachements ;
- la personne est devenue aigrie face à la vie, amère, négative ;
- la perte de la personne chère est mal surmontée, l'endeuillé sent que ce deuil perturbe le cours de son existence. 

Toutes les épreuves de la vie remontent à la surface lors d'un deuil et dans un premier temps, cette avalanche de peines assaille la personne. Dans un deuxième temps, soit le deuil est facilité par les apprentissages qui ont pu être faits lors des épreuves précédentes, soit il est grevé des peines non métabolisées. Celles-ci devront s'inscrire dans l'histoire de la personne, tout comme le deuil, sans quoi elles creusent un peu plus les failles de la personnalité. Les rencontres avec un(e) psychologue permettent de jeter des ponts au-dessus de ces fissures ou de ces gouffres, comme une main tendue qui, quand on la saisit, permet de passer de l'autre côté. Ce sont des temps pour soi. L'écoute est attentive, intuitive aussi car la(le) psychologue entend souvent au-delà de ce qui est dit, perçoit ce qui est là, en filigrane. Il n'y a pas de jugement, pas de critique, encore moins de condamnation, seulement un accueil, une acceptation qui permet que soi-même on puisse accepter ce que l'on vit. Lentement, à force de les exprimer, les émotions s'usent, les souvenirs s'épurent comme si les larmes les débarrassaient de la douleur. Au cours des échanges avec la(le) psychologue, les peurs sont dévoilées, les sentiments de culpabilité débusqués, la colère considérée, ... si bien que l'on peut réfléchir consciemment à ce que l'on va en faire, continuer à nourrir ces sentiments néfastes ou les laisser fondre comme la neige au soleil ? Le dialogue avec l'autre est au fil des séances intériorisé. Il se poursuit en dehors. Les séances sont des intermèdes dans la solitude, des moments de chaleur humaine, de partage qui, les uns après les autres, permettent de retrouver la confiance en la vie. Oui, de bonnes choses nous attendent encore, aujourd'hui, demain, bientôt...

Quand le bouleversement entraîné par la perte de l'aimé(e) fait que nous poursuivons notre existence différemment, plus capable de nous réjouir des choses simples, plus conscient du bonheur de vivre, le deuil est terminé.

Isabelle LEVERT
Psychologue clinicienne
Psychothérapeute
Pernes les Fontaines (84)

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