Psychologie du développement

3. Orientation psychanalytique

 

3.7. Quelques concepts lacaniens

3.7.1. Les trois temps du complexe d'Oedipe selon Lacan

- 1er temps

            La phase identificatoire du stade du miroir constitue une ébauche de sujet. Pendant un certain temps, il y a alternance de la fusion avec la mère et de l’identification avec l’image du miroir (1ère aliénation). L’enfant essaye de s’identifier à ce qu’il suppose être l’objet du désir de la mère (ce que la mère veut qu’il soit). Le désir de l’enfant se fait désir du désir de la mère. “Pour plaire à la mère, il faut et il suffit d’être le Phallus”.Toutes les demandes de la mère (sourire, gentillesse, propreté,...) et la proximité mère-enfant facilitent cet essai de satisfaire le manque de la mère, de se mettre à cette place imaginaire de phallus comblant le manque de l’autre. L’enfant est animé d’une conviction complètement imaginaire qu’il n’y a aucun manque ni chez la mère, ni chez lui. L’enfant fait l’économie de la dimension de la castration. Il n’y a aucun élément tiers qui vient médiatiser l’identification phallique de l’enfant. Ceci est renforcé par les difficultés de la mère à s’intéresser à autre chose qu’à l’enfant et qu’il comble la mère comprend une part de vérité.

L’enfant s’étant constitué comme phallus maternel se sent tout puissant, comme le roi et exprime des ambitions démesurées. Tant qu’il s’identifie au seul et unique objet du désir de l’autre, il y a indistinction fusionnelle. C’est la dialectique de l’être. Nier le manque, c’est en même temps le faire surgir. C’est la loi du tout ou rien où l’enfant oscille entre être ou ne pas être le Phallus. C’est l’amorce du 2ème temps de l’Oedipe, celui du registre de la castration par l’insertion de la dimension paternelle.

Dans la structure perverse, il y a une ambiguïté au niveau de la fonction symbolique du père. La stratégie défensive de l’enfant lui permet d’éviter la castration, d’entretenir le leurre subjectif de la non différence des sexes. Rentrer dans le complexe de castration, c’est se risquer dans le non-avoir, dans le manque - passage que le pervers ne fait pas (Père-Version).

- 2ème temps

            La médiation paternelle intervient dans la relation mère-enfant/Phallus. Lacan dit : “L’expérience prouve que le père, considéré en tant qu’il prive la mère de cet objet, de l’enfant, de son désir de l’objet phallique, joue un rôle essentiel dans le cours le plus normal du complexe d’Oedipe... Du côté de l’enfant, la présence paternelle est vécue sur le mode de l’interdiction et de la frustration... Le père arrive en position de gêneur par ce qu’il interdit : la satisfaction de l’impulsion... La mère, comme elle est à lui, n’est pas à l’enfant. Le père frustre l’enfant de la mère...”. L’intrusion du père intervient dans 3 registres : interdiction, privation, frustration - fonctions fondamentales du père castrateur. La fonction paternelle est opératoire car le manque détermine l’accès de l’enfant au symbolique. Pour l’enfant, “l’intervention du père est vécue comme une frustration, acte imaginaire concernant un objet réel qui est la mère en tant que l’enfant en a besoin. L’enfant est mis en demeure de remettre en question le fait qu’il est le Phallus de la mère. Il doit renoncer à être l’objet du désir de la mère”. La mère “doit renoncer à ce que l’enfant soit ce Phallus puisque identifié à l’objet de son désir...” La mère et l’enfant doivent symboliser cela en acceptant d’inclure le père dans la situation fusionnelle mère-enfant.

            Ce qui détermine la névrose ou la psychose, c’est l’entrée possible ou non du père comme objet phallique, c’est-à-dire comme objet du désir de la mère, et comme objet rival pour l’enfant. S’il n’y a pas de métaphore paternelle possible, l’enfant n’a pas accès au registre symbolique (psychose). Si l’enfant peut mettre le père à cette place de rivalité imaginaire avec lui, il y a un déplacement de l’enfant vers un affrontement avec la Loi du père. “... ce qui est adressé comme demande est renvoyé à une Cour supérieure...” L’enfant s’aperçoit qu’il y a toujours derrière la mère le monde extérieur, le contexte environnant, l’autre ou la parole du père à laquelle la mère se réfère (le désir de chacun est toujours soumis à la loi du désir de l’autre). Cette référence au tiers fait que la mère ne donne pas tout à l’enfant et introduit la dimension du manque, qui structure le désir en le soumettant à la Loi du désir de l’autre ; le père est posé comme étant celui qui fait la loi de son désir à elle ; et permet à l’enfant de percevoir que sa mère a d’autres désirs que lui-même, qu’il suppose dépendre d’un objet (le Phallus) que l’autre (le père) a ou n’a pas. C’est la découverte de la dialectique de l’Avoir.

            Le père réel apparaît comme le représentant de la Loi et est censé détenir l’objet du désir de la mère. Il est élevé par l’enfant à la dignité de père symbolique avec l’aide de la mère qui reconnaît la parole du père comme la seule susceptible de mobiliser son désir. Le complexe de castration a pour incidence la détermination de l’enfant par rapport à l’objet phallique. “Le complexe de castration ne peut s’appeler ainsi que si d’une certaine façon cela ne mettait pas au 1er plan que pour l’avoir, il faut d’abord qu’il ait été posé qu’on peut ne pas l’avoir, que cette possibilité d’être castré (manquant) est essentielle dans l’assomption du fait d’avoir le Phallus. C’est là ce pas qui est à franchir, c’est là que doit intervenir à quelque moment efficacement, réellement, effectivement le Père.”

- 3ème temps : temps du déclin du complexe d’Oedipe

            Une fois que le père a pris la place de père castrateur, c’est-à-dire de père symbolique, il faut qu’il en fasse la preuve. “C’est pour autant qu’il intervient au 3ème temps comme celui qui a le Phallus et non pas qu’il l’est que peut se produire quelque chose qui réinstaure l’instance du Phallus comme objet désiré de la mère et plus seulement comme objet dont le père peut la priver”. Quand l’enfant a constaté la différence des sexes et que le père semble priver la mère du substitut phallique qu’est l’enfant, le Phallus apparaît aux yeux de l’enfant être à un endroit et pas à un autre. Le père possède aux yeux de la mère l’attribut phallique. Le Phallus change de nature, de quelque chose dont la mère est privée, il devient quelque chose que la mère peut obtenir à travers le père. D’imaginaire, le Phallus devient symbolique. C’est la symbolisation de la Loi, à laquelle l’enfant accède dans la mesure où il repère la place exacte du désir de la mère, dès lors que le père se fait préférer par la mère (un tiers vient médiatiser la relation duelle).

La place juste du Phallus est structurante pour l’enfant et entraîne le jeu des identifications. A partir de ce moment, l’enfant se pose comme sujet et non plus comme objet du désir de l’autre. La perte symbolique d’un objet imaginaire (le Phallus) est la fin de l’Oedipe. Le passage à la dialectique de l’Avoir, par l’introduction d’une distance, lui permet de se représenter ce qu’il n’a pas (cf. le fort-da) et de le demander. “Il faut que la chose se perde pour être représentée” c’est-à-dire tant que l’enfant n’a pas perdu sa mère, il ne peut y avoir de représentation de sa mère, ni de lui, ni réaliser que l’autre existe indépendamment de lui. Tant que l’enfant est dans la dialectique de l’Etre, il est dans le vécu et non dans la représentation.

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