La phobie de l'engagement

Des ravages qu'elle cause au partenaire

La phobie de l'engagement concerne plus majoritairement les hommes que les femmes. Sans doute, faut-il en attribuer la cause à leur relation au maternel, différente de celle des femmes de par la différence des sexes. L'objet de cet article n'est pas de se pencher sur l'origine ou les origines de cette névrose mais de comprendre ce qu'elle provoque chez les partenaires de ces hommes phobiques de l'engagement. Le lecteur intéressé par ce thème pourra utilement consulter le livre "Les violences sournoises dans le couple" (édition Robert Laffont).

Photo Pierre Levert - IrelandeUn jour qu’elle avait peur de s’abandonner à leur amour, de se donner totalement à lui, il lui avait dit : « Tu peux croire au bonheur, il est là ». Oui, il était bien auprès d’eux à cet instant mais fugace et insaisissable.

Depuis, d’une façon ou d’une autre, à chaque fois qu’elle a espéré s’en rapprocher encore, il s’est éloigné, comme un mirage. De déception en déception, sa joie de vivre s’est éteinte. Même son sourire est devenu inquiet. Elle est au pied du mur. Ou elle décide que plus jamais elle ne se laissera envoûter par ses bras enlacés autour de son corps, ou la dépression en prendra possession. Sa réalité ressemble à un mauvais rêve. Elle est lasse d’avoir tant espéré pour rien, si fatiguée de ses revirements et d’entendre la même ritournelle au fil des mois.

Lorsqu’elle a essayé de lui confier son désarroi devant ses reculs, il le lui a renvoyé à la figure. Il voulait que les choses soient plus légères. Mais la souffrance n’est jamais légère ! Il se culpabilisait mais ne changeait rien, ni ne consultait personne, pas même une psy. Elle n’avait pas besoin de sa culpabilité pour savoir qu’il ne lui faisait pas mal sciemment, que ce n’était pas dans ses intentions conscientes. A leur insu, ses larmes abreuvaient ses démons et alimentaient ses peurs : sa peur de la décevoir, sa peur d’étouffer, sa peur de la dépendance…

Oui, aimer, c’est risquer de souffrir et, refusant catégoriquement ce danger, il se soustrait à l’amour. Il peut se passionner mais s’impliquer vraiment, il n’en a pas la volonté. Et quand il dit qu’il ne sait plus où il en est, qu’il doute de ses sentiments, il faut entendre qu’il n’a pas la témérité de s’engager. Tout pourrait être si simple. Pourtant tout est devenu compliqué alors même que leurs corps n’ont aucune hésitation, eux. Ils s’attirent irrésistiblement, presque incapables de lutter contre le plaisir d’être l’un près de l’autre et de s’ébattre ensemble. Il est difficile d’oublier cette osmose-là.

La phobie de l’engagement a pris le contrôle de son existence. Elle gouverne en despote, écrasant tout dans son sillage. Elle se régale de ses scènes, souffle à son oreille : « Regarde comme cette femme te harcèle, comme elle veut te prendre ta liberté… » Lui, il n’a aucun plaisir à son mal-être mais elle, elle en jouit sadiquement. Elle s’en saisit pour lui affirmer qu’il a le droit de changer d’avis. Elle se moque qu’un jour il dise blanc et le lendemain noir. Elle le convainc que par le passé, il ne s’est pas assez affirmé. Alors maintenant, il s’écoute ou, plutôt, il écoute ses peurs. Il est tellement figé dans une position égocentrique que même la loi fondamentale du respect de l’autre n’a plus cours.

Mais au fond de lui, il sent que ce n’est pas juste, qu’il n’est pas juste et qu’il porte à son compte une accusation que sa partenaire ne mérite pas. A suivre sa phobie, il n’a plus à l’horizon que la solitude, sauf à ricocher d’une femme à un autre, sans jamais vivre la plénitude de l’amour partagé, sans jamais construire de couple véritable, sans jamais connaître le sentiment d’être deux. Alors il revient. Pour la nième fois, avec quelques belles paroles, il la rassure, il la récupère. Elle le retrouve enfin mais elle le perdra à nouveau… Avec le phobique de l’engagement, les ruptures sont à répétition. Il rejoue sans cesse le même scénario et elle lui donne la réplique, complice, malgré elle de ce jeu intense, satisfaite de reprendre la main pour un temps mais meurtrie aussi de ses retraits.

Avec sa phobie, il l’entraîne dans une spirale infernale où fond sa vitalité, cette qualité qu’il appréciait et qu’il regrette aujourd’hui, dont il lui reprocherait presque l’absence sans percevoir sa propre responsabilité dans cette histoire. Il eut voulu qu’elle reste pétillante en dépit de ces incessantes voltes-faces et de cette insécurité qu’il installe sans cesse plus. Il ne se rapproche pas, sa phobie l’incite à fuir toujours plus loin. Elle le berne et ricane dans son dos : « pff il se connaît si peu que c’est trop facile de le tromper sur ses motivations, il saute sur le premier prétexte que je lui tends pour prendre la tangente tant il a peur ». Il perd son âme tandis qu’elle, nostalgique, demeure éperdue de lui. Elle croit à un avenir ensemble, alors elle l’attend, elle se plie en quatre pour calmer ses peurs, pour suivre son rythme, pour le satisfaire mais même quand elle ne revendique rien, il ressent sa patience comme une pression et s’en offusque ou comme une soumission et s’en moque… Il dénigre, il se montre froid, distant et puis, finalement, repart. Elle se met en cause. Elle finit par n’avoir plus de repères, plus de peps non plus.

En guise de promesses d’éternité, il y a le silence… le bruit du silence ! Petit à petit, elle comprend qu’elle ne peut plus lui accorder sa confiance, à moins d’un acte radical qui instaurerait l’entrée dans une nouvelle ère mais cet espoir est utopique. Elle s’interdit d’attendre quoi que ce soit de lui, en dépit même de ses propositions, trop souvent annulées par après. Peut-être le phobique de l’engagement réussira-t-il à tordre le cou à ses peurs. Rien n’est moins sûr sans une psychothérapie menée jusqu’à son terme. Peut-être aura-t-il aussi la chance d’être encore aimé autant que ce qu’elle l’a aimé et sera-t-il capable d’aimer à son tour. Peut-être. Mais pour l’heure, face à la maladie terrible qui le ronge, entrave tout projet à deux et le condamne à ne vivre que dans l’instant, elle est impuissante. Son cœur capitule et, de raison seulement, elle se résigne à se détourner. Il n’y a pas pire torture que de devoir arracher tout pouvoir à l’homme que l’on aime. Mais quand aimer fait souffrir, il n’y a pas d’autre solution que de se détacher. Il faut faire taire la nostalgie et écouter tous les motifs de séparation. Le bonheur est ailleurs… Il est vain de le chercher où il n’est pas.

Isabelle LEVERT
Psychologue clinicienne
Psychothérapeute
Pernes les Fontaines (84)

Bibliographie : LEVERT, I., Les violences sournoises dans le couple. Paris, Robert Laffont, coll. Réponses, 2011.

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