Victime de viol

La nécessité des soins psychothérapeutiques

Le viol, malgré qu'il est passible des Assises, est encore trop souvent gardé secret. Il importe d'en comprendre les raisons et de repérer les signes évocateurs afin d'aider les victimes à dire l'indicible et de restaurer leur intégrité. Cet article a pour objet de souligner la nécessité des soins psychothérapeutiques après avoir subi un tel traumatisme.

violence conjugale1. Le viol, un crime

NON, trois lettres qu'un violeur refuse d'entendre.
Le viol est un acte d'appropriation sexuelle de l'autre dont le refus n'est pas reconnu, dont la parole n'est pas prise en compte. Le viol est une négation de la personne, de son identité, de sa volonté. La victime est traitée comme un objet, dont le violeur use et abuse. Les sangs échauffés, incapable de s'arrêter malgré les supplications de sa proie, il n'écoute plus que ses pulsions... 

De surcroît, certaines cultures ambiantes présentent la domination masculine comme quelque chose de naturel, qui découlerait de la différence physique entre les hommes et les femmes. Il est fréquent aussi que le rapport sexuel soit présenté comme un droit de l'homme et donc comme un devoir de la femme. De nombreuses femmes, au quotidien, sont obligées de céder, contraintes par les coups, les menaces, les représailles, une humeur exécrable qui peut exercer une pression terrible, etc.  Dans ce contexte, il ne s'agit pas d'une relation sexuelle vécue dans une communauté de désirs partagés, mais bien d'un viol conjugal. Même si depuis 1980, le viol conjugal est passible de poursuites et reconnu comme un crime, dans beaucoup de foyers, des hommes continuent de s'emparer de ce qu'ils considèrent comme leur propriété.

2. Le poids du secret

A la violence de l'agression sexuelle, se surajoute la terreur d'être tuée mais aussi le dégoût de soi, d'avoir été salie par l'agresseur et une forte tendance à l'auto-culpabilisation. En effet, la victime se reproche souvent de ne pas s'être assez débattue ou de n'avoir pas crié assez fort, d'avoir pris trop de risques, de s'être mise elle-même en danger, d'avoir été provocante, etc. Cette propension à s'attribuer la responsabilité du crime contribue d'ailleurs à la défense du violeur, qui pioche dans ce type de discours - cette version des faits, pervertie, signe la malignité - pour tenter de convaincre que l'autre l'a aguiché, l'a cherché et qu'il n'a fait que répondre à ses désirs. En outre, certaines réactions physiologiques réflexes, vécues comme une trahison de la part du corps et utilisées par le violeur pour faire croire à sa victime qu'elle est consentante, accentuent le sentiment de culpabilité. Pourtant, rien ne peut atténuer ou amoindrir la faute d'un violeur. Peu importe la situation, le moment, l'endroit, la tenue, le comportement de la personne, si elle dit "non", l'autre doit immédiatement s'interrompre. Malgré cela, un grand nombre de victimes, trop honteuses, restent silencieuses, gardent le secret et assurent de la sorte l'impunité de leur violeur. D'une certaine façon, le secret rend complice.

Par ailleurs, le secret prive la victime de toute réponse extérieure, de toute aide pour faire face à ce qui lui a été infligé. Le secret alimente la honte et conduit la personne à se demander si elle n'a pas cherché à protéger son agresseur pour pouvoir nier ce qui lui est arrivé et ainsi croire qu'elle pourra oublier, tourner la page. Le secret entretient le déni et avec lui un clivage au sein de la personne, coupée en deux ; une partie d'elle-même demeurant meurtrie et en proie à des affects d'angoisse-douleur qui, à tout instant, risquent de la submerger, une autre part qui dénie le trauma et se forge une carapace caractérielle dont le but est de maintenir dans l'ombre l'autre partie en souffrance et de se défendre contre l'extérieur.

3. Les signes et les symptômes de viol

Les personnes victimes de viol ou d'abus sexuels présentent fréquemment les caractéristiques suivantes :
- refus de tout contact corporel (y compris serrer la main) ;
- méfiance constante vis-à-vis des autres ;
- agressivité systématique et disproportionnée ;
- évaluation très négative des rapports humains ou des hommes en général ;
- amertume vis-à-vis des institutions sociales ou judiciaires ;
- altération de l'humeur : dépressivité ou hyperexcitation, pouvant alterner.

Les symptômes suivants doivent évoquer un viol :
- évitements sexuels ;
- évitements relationnels, entravant la vie sentimentale ;
- conduites d'échec à répétition ;
- suicides ou tentatives réitérées à plusieurs reprises (exécution par délégation du crime perpétré contre elle) ;
- conduites alimentaires problématiques : anorexie/boulimie ;
- comportements de mise en danger (exposition au danger à comprendre comme une tentative de le maîtriser) ;
- refus des autorités masculines ;
- aversion extrême pour les soins dentaires, vécus comme trop intrusifs ;
- refus et terreur de l'examen gynécologique ;
- déni de grossesse / accouchement dans le secret ;
- sentiment de souillure, conduites compulsives de lavage du corps.

Ces signes doivent permettre d'orienter l'entretien avec la personne. Une victime hésitera moins à se confier si elle sent que son interlocuteur se doute de ce qui lui est arrivé. Toutefois, il faut se garder de jouer aux apprentis sorciers ou psychothérapeutes et de pratiquer des interprétations sauvages. Le viol est un traumatisme extrêmement grave qui exige des soins spécifiques que seuls des professionnels sont habilités à dispenser. 

4. La prise en charge psychothérapeutique

Il est d'une importance capitale que le ou la psychologue consulté(e) prenne clairement position et qualifie l'agression comme un crime. Le recours à la violence doit toujours être condamné explicitement. Le rappel à la loi fonde l'intervention thérapeutique. Les mots seront choisis avec soin afin de nommer l'inacceptable. Le thérapeute occupe alors une place d'avocat ou de témoin symbolique qui aide la victime à se dégager du système agresseur. Ce dernier se caractérise par un jeu de manipulation pervers, où la chronologie des faits est renversée, où les situations sont inversées et où la victime se retrouve culpabilisée. Quelquefois ces procédés sont si sournois, composés de petits événements qui, seuls, paraissent insignifiants mais qui, les uns à côté des autres, sont hautement destructeurs qu'il est difficile d'imaginer que quelqu'un puisse comprendre. Pour parvenir à dire l'indicible, il est absolument nécessaire de s'adresser à un(e) psychologue qui ait une connaissance approfondie des manœuvres perverses et qui lui confirmera que ses réactions sont "normales" dans un tel contexte, qu'elle n'est pas folle.
L'expression des émotions encapsulées permet d'évacuer les émotions négatives et de progressivement réduire la charge traumatique des violences subies.

La psychothérapie consistera notamment en un travail d'analyse critique du système agresseur et de la stratégie mise en place par son auteur. Il s'agit de briser le processus de déshumanisation, d'effectuer un désassemblage des éléments constitutifs de l'emprise et de démonter l'idéologie sous-jacente qui vise à laisser penser à la victime qu'elle y est pour quelque chose. De cette manière, la victime prend conscience des conséquences du trauma sur les différents aspects de son existence. La démarche lui permet également une actualisation du regard qu'elle porte sur elle-même et de rejeter les projections et déformations de son agresseur pour se retrouver. Armée d'une meilleure image d'elle-même, la personne sort petit à petit de l'isolement et se reconstruit une vie sociale.

Restaurer l'intégrité de la personne lui permet de redevenir actrice de son histoire.

Isabelle LEVERT
Psychologue clinicienne
Psychothérapeute
Pernes les Fontaines (84)

Adresses utiles

Viols femmes informations - 08 00 05 95 95 - du lundi au vendredi de 10h à 19h
Violence conjugale, Femmes info service - 01 40 33 80 60 - 04 40 02 02 33

Liens utiles

stop-violences-femmes.gouv.fr
www.sosfemmes.com
www.infofemmes.com

Bibliographie

MORBOIS, C. CASALIS, M.-F., L'aide aux femmes victimes de viol, L'esprit du temps, 2002.

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