Les trois temps de l'entretien psy

Un état de disponibilité totale

Le psychologue-psychothérapeute dispose d'outils pour penser le fonctionnement psychique, nullement de vérités. Nul(le) ne peut prétendre détenir le savoir, la vérité de l’autre. De plus, une personne qui consulte un psy est toujours à la recherche de qui elle est, en quête de sens, dans la confusion. Prendre une attitude de maître qui sait ce qui est bon ou non serait occuper abusivement une place qui doit rester vide au sein du sujet. Nous ignorons ce qui convient à l’autre, lui seul doit le découvrir et ceci conditionne un positionnement en retrait afin que le patient puisse enfin être à l’écoute de lui-même. Il s’agit d’attendre sans rien attendre de précis qu’il chemine en lui-même, qu’il redécouvre ses rêves, que son désir se pose sur un objet et qu’il agisse ! 

Les différentes théories sont des hypothèses de travail, développées par leurs auteurs dans le but de s’approcher de la réalité subjective de leurs patients. Ces conceptualisations peuvent servir à construire une représentation du vécu de l’autre en souffrance. Il est primordial de ne jamais oublier que l’objectivité est un leurre. Nos perceptions subissent de nombreuses déformations, tels que le filtre de la culture, de notre éducation... Nous ne sommes jamais à la place de l’autre. Nous devons donc toujours nous souvenir qu’il y a un décalage entre ce que nous élaborons et ce qui est et encore plus entre ce qui est dit et ce qui est. Il s’agit de douter constamment avec assurance, c'est-à-dire sans se dérober.

Il peut sembler paradoxal de disposer de modèles conceptuels et de rechercher l’état de vide pendant l’entretien clinique. En fait, dans un premier temps, il est essentiel de laisser de côté tous les a-priori afin de se laisser imprégner de l’être de l’autre, de se mettre dans un état de disponibilité totale afin d’accueillir tout ce qu’il nous dit, que ce soit avec ses mots ou avec ses silences, avec son corps. Nous n’avons pas conscience de tous les signes que nous captons et heureusement, nous serions débordés. Tout est langage : le regard, fuyant ou insistant, la position des mains, le rythme de la respiration, les odeurs,...  

Ensuite, le deuxième temps est constitué d’une sorte de questionnement intérieur, d’un moment où nous sommes à l’écoute de ce qui se passe en nous. Que ressentons-nous face à cette personne ? Quelles sont les sentiments qu’elle nous inspire ? Quelles sont les émotions que son histoire réveille en nous ? Quelles sont les images qui s’imposent ? Comment comprenons-nous qu’elle en soit là ? C’est le temps où nous tentons d’enrichir notre perception consciente d’éléments qui nous ont touché inconsciemment. C’est aussi le temps de la mise en représentation de ce que nous avons senti avec notre être et pas seulement avec notre cerveau.

Le troisième temps, dans une démarche thérapeutique, est celui de l’ouverture sur l’avenir. Comment provoquer le changement sans être en contradiction avec l’attitude de retrait préconisée précédemment ? Il n’y a pas de recette miracle, pas de procédure prédéfinie à appliquer systématiquement. Chaque personne est unique. Nous sommes des milliards d’exceptions. Il faut inventer pour chacun l’intervention qui l’aidera, qui sera en accord avec son individualité.

Isabelle LEVERT
Psychologue clinicienne
Psychothérapeute
Pernes les Fontaines (84)

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