L'angoisse pathologique de séparation

La repérer pour l'apaiser 

la dépression chez l'enfant     Cet article propose un repérage de l'angoisse pathologique de séparation chez l'enfant. Les symptômes évocateurs devraient toujours amener à consulter un(e) psychologue de façon à apaiser cette angoisse et à ne pas invalider les processus de maturation psychique et affective de l'adulte en devenir. Un grand nombre des angoisses de l'adulte trouvent leur origine dans l'enfance où elles sont demeurées sans soin. Il subsiste alors comme des noyaux d'émotions douloureuses qui remontent à la surface dès que la situation présente quelque similitude avec le passé.

Normal ou pathologique

Tous les individus connaissent des moments d'angoisse ou d'anxiété et à tous les âges de la vie. Ainsi, les coliques du nourrisson, le mal au ventre qui précède un contrôle, la bouche sèche au cours d'une prise de parole en public, l'état d'agitation tandis que l'on attend la fin d'une opération chirurgicale d'un proche, etc. La liste est longue. L'angoisse normale se distingue de l'angoisse pathologique par :
- son intensité
- sa durée
- ses répercussions invalidantes sur l'existence
- impact sur le bien-être émotionnel.
On ne parle d'angoisse pathologique de séparation qu'à partir du deuxième semestre après la naissance de l'enfant, moment où la séparation d'avec la figure d'attachement devient représentable pour lui.

L'angoisse du 8ème mois

Ce moment est repérable lorsque, l'enfant, qui n'avait pas ce comportement auparavant, se met à baisser les yeux ou à pleurer en présence d'un étranger. Spitz donne à ce changement l'interprétation suivante : l'enfant est capable de distinguer les personnes familières de celles qui ne le sont pas et, face à un étranger, il ressent une angoisse en lien avec l'absence de sa mère. En effet, l'enfant identifie progressivement le monde extérieur et la reconnaissance d'autrui procède d'un double mouvement affectif. D'une part, dans le déplaisir, le petit enfant comprend que l'autre n'est pas lui ou un prolongement de lui-même. D'autre part, il focalise ses intérêts sur la ou les personnes qui lui apportent la satisfaction.

Les symptômes évocateurs

Alain Braconnier liste 9 signes d'appel de ce diagnostic et précise que 3, au moins, doivent être présents au quotidien et sur une certaine durée pour le poser.

- l'enfant redoute qu'un danger menace ceux qu'il aime, qu'ils ne partent car ils pourraient ne jamais revenir ;

- l'enfant imagine également qu'il pourrait lui-même disparaître et ne jamais retrouver ceux qu'il aime, être enlevé, se perdre, être tué dans un accident, etc.;

- l'enfant peine à aller en classe ou refuse même d'y aller afin de rester chez lui ;

- l'enfant se plaint de maux de ventre, de tête, de nausées, de vomissement les jours d'école ;

- l'enfant ne se sent pas capable de dormir ailleurs que chez lui ou sans ses parents ou un de ses proches, de passer la nuit chez un copain, de partir en voyage scolaire 

- l'enfant panique quand il est laissé seul chez lui et ne lâche pas d'une semelle sa mère ou son père ;

- l'enfant fait beaucoup de cauchemars dont les thèmes ont à voir avec la séparation ;

- l'enfant est très angoissé à l'idée même d'une éventuelle séparation, il lui est difficile d'y penser ;

- l'enfant est mal si la séparation a lieu, il pleure, il supplie pour retrouver au plus vite ses proches.

La séparation traumatique

Très souvent, au cours des psychothérapies menées avec des enfants, des adultes, des familles ou des couples, il apparaît que ce qui fait le lit des angoisses ultérieures est l'angoisse éprouvée par l'enfant lors d'une séparation traumatique d'avec un de ses parents ou les deux.

Séparé de ses parents, le petit enfant éprouve de la détresse. Cette détresse est encore plus importante, lorsque la séparation dure longtemps, lorsqu'il est confié à des personnes inconnues de lui ou qu'il se retrouve dans un environnement non familier, lorsque aucune explication ne donne du sens à cette situation.

Cette détresse se décline en trois phases :

1) Phase de révolte : L'enfant proteste pour rentrer chez lui, voir son ou ses parents. Il utilise tous les moyens à sa portée pour tenter de lutter contre cette situation qu'il ne comprend pas et n'accepte pas. Cette phase est souvent enfouie dans la mémoire.

2) Phase de désespoir : L'impuissance que l'enfant éprouve à ne pas pouvoir changer les choses, pour retrouver la ou les figures d'attachement le plonge dans un profond désespoir. Il est à l'affût du moindre signe laissant entrevoir leur retour, il les attend, fébrile.

3) Phase de résignation : Afin de se protéger de la douleur de la perte, l'enfant se coupe petit à petit de ses émotions. Il vise à se détacher complètement de ceux qu'il aime et qu'il ne retrouve pas. Il se replie à la fois psychiquement et physiquement.

Lors des retrouvailles, le repli peut perdurer mais si la séparation n'a pas duré trop de temps, il peut être réversible. Par contre, beaucoup, si ce ne sont pas tous, gardent la trace de cette détresse. Le traumatisme s'aperçoit aux attitudes de collage au parent, à la crainte de le perdre à nouveau. Chez l'adulte, il se manifeste encore par l'angoisse ; une angoisse souvent plus diffuse, déclenchée par toute situation qui présente quelque similitude, parfois infime, avec la tragédie vécue dans le passé et qui, alors suffit à faire remonter les noyaux émotionnels à la surface, sans qu'ils soient la plupart du temps rattachés à leur source. La réaction paraît disproportionnée.

La menace dépressive à l'adolescence

Les remaniements psychiques à l'adolescence sont de nature à réactiver les vécus de détresse de l'enfant. En effet, devenir adulte équivaut à quitter l'enfance, à quitter la sphère parentale, à exister sans la présence protectrice d'autres adultes. L'autonomie est à la fois désirée et redoutée par l'adolescent. S'il doute de ses capacités intérieures à tenir debout seul dans l'existence, doute qui peut être accru par le souvenir de la menace d'effondrement ressentie lors de séparations traumatiques, ce défi peut lui paraître insurmontable, voire insupportable. Quand les adultes ne perçoivent pas cette angoisse, ils ne comprennent pas que ce jeune qu'ils poussent à se dépasser, parce qu'eux croient en lui, en viennent à les haïr. Il les hait de le confronter à son sentiment de ne pas être à la hauteur, d'autant plus qu'il se vit alors comme un faible, un minable, un nul. Le risque réside dans les comportements de fuite qui en dérivent : fuite dans la drogue, fuite dans l'école buissonnière, fuite dans les sorties, fuite dans le laisser-aller et le renoncement.

Le traitement

La psychothérapie permet de comprendre ce qui a impacté l'individu sur le plan affectif afin qu'il puisse se dégager des entraves de l'angoisse et être capable de différencier le présent du passé pour que l'action soit adaptée à la situation actuelle. Ce travail sur soi permet de trouver plus de liberté intérieure.

Il faut noter que tous les enfants souffrant d'angoisse pathologique de séparation n'ont pas connu de séparation traumatique. L'atmosphère dans laquelle l'enfant grandit joue un grand rôle dans l'acquisition ou non du sentiment de sécurité intérieure. On pense notamment à l'entente ou à contrario à la mésentente du couple parental mais aussi à la personnalité anxieuse de l'un ou l'autre, à tel ou tel événement venu compliquer l'histoire personnelle et fragiliser l'édifice à bâtir...

De nos jours, encore trop d'adultes se voient prescrire un traitement médicamenteux pour seule réponse à leur anxiété et leurs angoisses. Les médicaments visent à faire taire les symptômes mais ne soignent pas la cause, ce que peut une thérapie par la parole. 

Bibliographie

BRACONNIER, A., Les bleus de l'âme. Angoisses d'enfance, angoisses d'adultes. Calmann-Lévy, 1995.

 

Isabelle LEVERT
Psychologue clinicienne
Psychothérapeute
Pernes les Fontaines (84)

 

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