Les stades de la libido

        Dans la théorie freudienne, la sexualité s'étale sur toute la vie ; elle vise l'obtention d'une satisfaction. Pendant l'enfance, la sexualité est autoérotique. Elle a comme unique but de trouver un certain plaisir sur des zones corporelles - zones érogènes - séparées les unes des autres. La focalisation des excitations sur ces points particuliers du corps n'obéit pas seulement à des motifs anatomo-physiologiques, mais résulte du fait qu'ils constituent des lieux privilégiés d'échanges avec l'extérieur. 

        Freud a mis en évidence que le développement libidinal fait passer cette organisation initiale autonome à des formes de plus en plus organisées. La fonction sexuelle passe donc par un certain nombre d'étapes avant d'arriver à l'état qui caractérise l'âge adulte. "La grande différence entre la sexualité infantile et la sexualité mature est dans le passage du plaisir recherché en lui-même au plaisir obtenu dans la relation à l'autre" (ANATRELLA, T. Interminable adolescence - Les 12-30 ans, Paris, Cerf/Cujas, 1993, p. 33).

        Pour Mélanie Klein, il est impossible de distinguer clairement à quel stade en est l'enfant. Ces étapes se chevauchent tandis que d'autres prédominent à certains moments. Pour elle, le complexe d'Oedipe opère tout au long de la prime enfance avant de culminer et de se résoudre lors du stade génital. 

Le stade oral

Entre 0 et 2 ans.
Il est sous la primauté de la zone buccale.
(l'écriture de cette rubrique n'est pas terminée)

Le stade anal

Entre 2 et 4 ans. L'enfant apprend à marcher, à parler et à contrôler ses sphincters. Il n'est plus dans une dépendance totale vis-à-vis des adultes. Cette prise d'autonomie se repère également à l'utilisation du "non" et à l'opposition de l'enfant à l'égard des figures d'attachement. L'apprentissage de la propreté met au premier plan les sensations éprouvées dans la région anale par le boudin fécal. Le plaisir libidinal réside dans la rétention ou le relâchement des fèces. L'objet expulsé, perdu à jamais, peut l'être quand l'enfant prend plaisir à faire ce "cadeau" à ses parents. Ceux-ci, aux débuts, s'extasient d'ailleurs devant la crotte déposée dans le pot de bébé. L'enfant fait ainsi l'apprentissage du don de soi.
Pour certains enfants, être brutalement dépossédés du contenu de leur corps provoque une angoisse majeure. D'autres peuvent se retenir plusieurs jours afin de frustrer les parents, prenant un plaisir à provoquer de l'inquiétude chez eux. La pulsion d'emprise est en jeu ici. En effet, le but est de dominer l'objet.

Le stade phallique

Entre 2 et 5 ans.
Les organes génitaux sont la zone érogène principale. Dans un premier temps, seul l'organe anatomique mâle, soit le pénis, a valeur d'existence tant pour le garçon qui en est pourvu (valorisation narcissique), que pour la fille qui ne l'a pas (sentiment d'infériorité, c'est vécu comme étant une castration). Avec la perception de la différence des sexes, surgit, pour le garçon, l'angoisse de castration (peur d'être démuni de son sexe). Chez le garçon, cette menace peut être évitée au prix du renoncement à ses désirs incestueux (épouser Maman). Chez la fille, c'est un fait qui la conduit à s'écarter de la mère pour se tourner vers le père. C'est le versant positif du complexe d'Oedipe. Le versant négatif consiste à vouloir nouer des relations tendres avec le parent de même sexe et à être en rivalité avec celui de l'autre sexe. Les deux versants forment la forme complète du complexe d'Oedipe et témoignent de la bisexualité psychique de tout être humain (le côté féminin des hommes et vis-versa).
Garçon ou fille, l'enfant doit accepter qu'il ne sera jamais le partenaire du parent de sexe opposé au sien mais qu'il peut devenir comme celui ou celle qui est privilégié(e) et en apprendre des choses intéressantes pour cela. Le travail de deuil débouche ainsi sur les identifications. La prévalence de l'un des deux versants de l'Oedipe conduit à une identification dominante fondatrice de l'identité sexuelle du sujet.

(voir aussi l'article Le rôle du complexe d'Oedipe
et Le roman familial : une étape du développement)

La période de latence

Entre 6 ans et le début de la puberté.
Elle marque le dégagement du conflit oedipien, sa mise en veille. L'amnésie infantile qui touche toute la période précédente signe le refoulement de l'intérêt sexuel. C'est une période d'accalmie, essentielle pour l'édification du Moi et la mise en place de ses défenses organisatrices.

L'adolescence

Elle constitue le stade génital par excellence puisqu'elle s'inaugure par la puberté. La sexualité passe d'auto-érotique à hétéro-érotique. Les pulsions partielles s'organisent sous le primat du génital. La logique oedipienne se réveille de façon intensive.
Les modifications corporelles induisent un remaniement des relations avec l'entourage et souvent une crise sur plusieurs niveaux :
- investissement d'autres modèles parentaux ;
- estime de soi ;
- questions narcissiques et identificatoires (focalisation sur des détails, tels que la forme de la bouche, le nez, ... (objets partiels), phénomènes d'étrangeté, de bizarrerie) ;
L'adolescent en difficulté trouve différentes échappatoires : les études, la transgression (une façon de faire appel à un tiers extérieur, représentant de la censure quand l'instance surmoïque ne suffit pas, que les interdits parentaux n'ont pas été suffisamment intériorisés), repli sur soi ...

(voir aussi l'article Le suicide adolescent)

La crise du milieu de vie

Le milieu de vie, avec la prise de conscience plus accrue de la finitude de l'existence, peut être l'occasion d'un bilan sur sa vie. Certains auteurs parlent ainsi de cette crise comme du réveil des questions non résolues à l'adolescence et d'une lutte pour construire quelque chose de l'ordre de l'illusion de l'immortalité.

retour

 

© Les textes édités sur ce site sont la propriété de leur auteur.
Le code de la propriété intellectuelle n'autorise, aux termes de l'article L122-5,
que les reproductions strictement destinées à l'usage privé.
Tout autre usage impose d'obtenir l'autorisation de l'auteur.